GATROUN (3) 1950 - 1951

  • Arrivée d'une caravane toubou, Les Toubous ou Teda vivent dans l'immense massif volcanique du Tibesti situé au nord-ouest du Tchad et qui a son point culminant à 3350 mètres ( Emi Koussi) et une altitude moyenne comprise entre 1000 et 1800 mètres. Les toubous forment ethniquement et linguistiquement un groupe distinct apparenté aux populations noires du Soudan.
    La survie des Toubous a été possible grâce à un système socio-économique fondé sur le semi-nomadisme. Une partie de la population s'occupe de la culture des jardins et de l'entretien des palmeraies, tandis que l'autre partie parcourt les pâturages pour les chèvres, moutons, ânes et chameaux et se livre au petit commerce caravanier; c'est à cette partie que nous avons affaire ils amènent leur bétail et au retour ils emportent des dattes. Les dattes sont très importantes pour les Toubous, car avec quelques céréales cultivées ou sauvages elles constituent la base de leur nourriture. En 1950 les toubous sont encore très attachés à leur mode de vie et à leurs particularismes, l'occupation du Tibesti n'ayant été effective qu'à partir de 1930 seulement, l'influence française est très faible.
    Quelques bandes de hors la loi sillonnent encore les "enneris" (gorges profondes dont les dédales ne sont connus que par les Toubous seuls). Nous recevons souvent des messages nous avertissant que les Agikalli ou les Moussaï ben Kolo se dirigent vers Gatroun, leurs méfaits accomplis. Nous savons qu'ils sont très dangereux, nous connaissons leurs signalements; (Moussaï ben Kollo est boiteux et porte un burnous rouge). Mais, nous ne verrons jamais personne car nous ne sommes que deux gamins de vingt ans et cinq supplétifs pour surveiller un territoire immense, de plus, nous manquons ridiculement de moyens, nous n'avons pas de voiture, le ravitaillement ne nous parvient que tous les trois mois, nous ne parvenons pas à établir les communications radio avec les postes voisins du Niger (Madama) et du Tchad (Zouar) qui sont tenus par la coloniale, il faudrait que nous nous y rendions pour nous régler, mais nous n'avons pas de poste radio portable que nous pourrions transporter sur un chameau, un SCR 284 ferait notre bonheur; en France, en AFN, en Allemagne les appelés s'entraînent avec, mais nous, qui sommes opérationnels nous n'en avons pas! nous avons demandé un fusil-mitrailleur, nous ne l'obtiendrons jamais!
    Nous nous promenons dans la nature et nous n'avons pas de carte! Mais nous faisons notre travail tout de même et nous le faisons bien.

Pierre Brun dans un exercice à la barre fixe - Brun, dit "Bob ", était un type formidable il bricola beaucoup à Gatroun améliorant ainsi nos conditions de vie et de travail. Il était originaire de la région de Poitiers. Nous ne sommes pas encore parvenus à retrouver sa trace.

Bob et Trafic surveillent la consolidation de la piste avec des feuilles de palmier. En plus de la radio, de la météo, de la poste, de la douane, de la police, des affaires indigènes, du jardinage nous nous occupons également des travaux publics!
Jean Chambret, mon vieux compagnon qui me supporta pendant des mois. Grace à son caractère toujours égal la cohabitation fut exemplaire. Vivre en poste à deux au Sahara n'était pas chose aisée, souvent la mésentente survenait rapidement et il y eut des cas ou elle devint dramatique comme à Amguid ou à Fort Lallemand. Jean Chambret, originaire de Niort, partage son temps entre son Poitou natal et son domicile de la région parisienne. Gatroun est le principal sujet de nos longues conversations au téléphone.
Saïda, notre intégration se fit très facilement nous partageâmes rapidement la vie de la population et nos compagnes nous facilitèrent bien des choses.

Le 16 novembre 1951 je quitte Gatroun avec beaucoup de regrets, je dis donc adieu à tous mes amis. Je rejoins Sebha pour remplacer mon collègue, dépanneur radio, qui a terminé son séjour. Ce sera encore de longs mois d'une vie triste et monotone, émaillée, par quelques petites sorties pour des dépannages divers. Et puis le 22 mai 1952, je dirai un adieu définitif au Fezzan et retrouverai Tunis. A l'exception d'une légère appréhension pour traverser les rues et des souliers qui feront un peu mal tout ira bien, je m'habituerai même très vite à dormir à nouveau dans un vrai lit. Trois jours plus tard et après deux ans et demi d'absence, je retrouverai la France, Ardiège mon petit village des Pyrénées et ma famille, mon père est décédé entre-temps, mon frère s'est marié et la famille s'est agrandie d'une petite fille. Quelques mois plus tard je serai libéré de mes obligations militaires, mais, très vite la nostalgie des grands espaces deviendra de plus en plus vive, je retrouverai le Sahara, l'Afrique et bien d'autres pays pour de longues années. Aujourd'hui je suis un vieil homme, mais tout comme mes amis, je n'ai pas oublié le Fezzan.

     

Cliquer sur "Page sans cadre" et utiliser F11 pour voir plein écran

 


Dernière mise à jour le 30/09/2004 à 14:34
© 2003 Jean Soupene
Tous droits réservés.